TADJIKISTAN

TADJIKISTAN LE PAYS DES EXTRÊMES

La plus pauvre des ex-républiques soviétiques vient de tourner la page sur son passé. Après une guerre fratricide et de nombreux règlements de compte, le pays s’ouvre doucement aux voyageurs et aux touristes. Il possède une frontière commune de 1’200 km avec l’Afghanistan, séparé par la rivière Panj dans le Haut Badakshan. Il y a peu de points de passage entre les deux pays, quelques ponts surveillés par l’armée tadjik et par leurs alliés américains qui soupçonnent les frères ennemis de se livrer à un intense trafic de drogue. Mais le Tadjikistan n’est pas que cela. C’est un pays de contrastes extrêmes car il peut faire en été plus de 40 degrés à Duschanbé et 20 de moins à Bulunkul, situé dans la steppe proche de la Pamir Highway. Les reliefs sont découpés à la hache et les paysans tirent leur subsistance sur des cônes alluvionnaires très instables jusqu’à 2500 mètres. Plus haut ce sont les troupeaux de moutons qui estivent en compagnie des loups et des macro-polo. Un pays fascinant que l’on n’oublie pas facilement.

Les 610 kilomètres qui relient Douchanbé à Khorog sont à l'image du pays. Etouffants, rudes et escarpés. Il vaut mieux avoir l'estomac bien accroché pour couvrir la distance qui d'ailleurs est généralement coupée en deux avec nuit à Kalaïkum. Mais on passe de l'étuve à la station de montagne car la capitale du Haut-Badakhchan est perchée à 2200 mètres. Mais c'est surtout son emplacement, à la confluence des rivières Gunt et Panj qui lui donne cette fraîcheur et ce charme bienvenus après des kilomètres de caillasse, de pics hardis et de routes défoncées. De là, on accède à quelques merveilleux villages accrochés un peu plus haut dans la vallée qui abritent une population étonnante tout droit sortie de la légende. Elle serait l'héritière des soldats d'Alexandre le Grand.

La gardienne du moulin
L'accueil est chaleureux

Villages étonnants il est vrai. Dans un pré, un jeune homme de 75 ans coupe de l'herbe pour sa vache et entonne soudain un chant aux accents mélancoliques. "« La vie s'en va, il faut en profiter - La vie s'en va il faut boire et manger - La vie s'en va, il faut danser... ».

 

De Khorog à Yamg la route suit la rivière Panj qui sert de frontière avec l'Afghanistan. Les villages sont posés sur des cônes alluvionnaires que les rivières indomptées grossissent à chaque dégel. Champs et verdure à profusion. Dans ce monde quasi minéral, cela surprend toujours. Ainsi, peu après Khorog, un magnifique village, Shanbedeh, avec champs de blé mûr et abricotiers croulant sous les fruits apparaît soudain. Trois jeunes femmes sont en train de moissonner le blé mais se cachent bientôt. Une famille moins farouche poursuit la moisson. Un enchantement.

Un des derniers villages où des récoltes sont possibles
Les gerbes sont toutes coupées à la main et posées à terre pour former des fagots

Langar, petite étape mais grande découverte aujourd'hui : des pétroglyphes. Il faut grimper sec pour les découvrir. Reliquats des voyageurs de la route de la soie? Messages de jeunes bergers destinés à la postérité? Les pétroglyphes sont tout cela à la fois. Certains ont l'air d'avoir traversé les siècles d'autres d'avoir été creusés la veille. Le panorama est grandiose d'autant plus que le cône alluvionnaire qui fait face au village du côté afghan est gigantesque.

Les pétroglyphes supposés anciens
Le cône alluvial s’enfonce dans la vallée afghane
Langar dernière étape avant la disparition des arbres
A plus de 4000 mètres, bergers et troupeaux se rient des pentes
En général les bergers sont des bergères...

Descente vers un plateau habitable à l'année , du moins pour les autochtones habitués aux températures extrêmes, +25 en été et -40 en hiver. Alichur, village étape que personne ne fréquente ou presque mais dont les habitants sont très accueillants. Une présence féminine et les "portes" des yourtes s'ouvrent aux étrangers en quête de chaleur.

Une visite sous la yourte est toujours un moment de bonheur

La route M41 est une route qui traverse le massif du Pamir. Elle relie Och (Kirghizistan) au nord-est à Mazar-e-Sharif (Afghanistan) au sud-ouest en passant par le Tadjikistan et l’est de l’Ouzbékistan. Par son altitude élevée, c'est la deuxième plus haute route du monde après celle de Karakoram qui relie l’Inde au Pakistan. Elle constitue un axe important car elle permet de relier, depuis Douchanbé, la région du Haut-Badakhchan et ainsi, plus à l’est, de rejoindre la Chine, le Kirghizistan, le Pakistan et l’Afghanistan. De nombreux camions chinois l’empruntent pour transporter des marchandises et approvisionner les pays voisins. En raison de son environnement, cette route est très sollicitée et régulièrement fermée par endroits. Les causes de fermeture sont le plus souvent des chutes de pierres, la neige, les tremblements de terre, les torrents et les accidents. Elle n’est pas goudronnée sur une bonne partie de son tracé, surtout à proximité du fleuve Panj, le long de la frontière avec l’Afghanistan en direction de Khorog. Son état et les éléments naturels qui l’entourent rendent difficiles les échanges routiers avec les pays voisins et la traversée du Tadjikistan peut prendre plusieurs jours.

La route M41 ou Pamir Highway
...longe des lacs d'une incroyable beauté mais salés!

Bulunkul, le bout du monde. Un lac aux eaux bleu sombre, des maisons en terre chaulées, des chèvres, des moutons, des vaches et une vaste plaine herbeuse cernée de montagnes. Un vrai décor de films! Seules ombres au tableau, il n'y a ni électricité, ni eau courante, ni douche, ni toilettes à eau! Que du rustique, de l'authentique, du vrai, du lourd, bref l’aventure quoi ! Et pourtant dans ce lieu rude et difficile d'accès, coupé du monde en hiver , l'animation est grande. Les enfants jouent, les adultes vaquent à leur occupation, certains pêchent, d'autre construisent des maisons en terre, et la majorité compte sur les quelques têtes de bétail de l'endroit pour subsister. On les rentre le soir à l'écurie pour la traite mais surtout à cause des loups, jamais en reste d'une attaque rapide et sans pitié.

Bulunkul, 3800 mètres, moins 40 en hiver...
Les maisons en terre remplacent peu à peu les yourtes

Le sport rapproche et permet de décharger son agressivité ou de laisser éclater sa joie. Jeunes et moins jeunes pratiquent du foot, du volley ou encore du vélo car les connexions internet sont inexistantes et les distractions peu nombreuses. Mais la solidarité est au rendez-vous, la population se connaît bien et se rend service.

Jarty-Gumbez (4100m), sort tout droit de la légende soviétique. On y découvre des sources d'eau chaude et cela fait le bonheur de la nomenclatura de l'époque. Mais l'endroit a d'autres atouts, on peut y chasser le macro-polo, une espèce de mouflon des montagnes d'Asie centrale dont le mâle aux énormes cornes recourbées peut atteindre le quintal. Il n'est pas rare d'y croiser des loups, comme le diront les gardiens de troupeaux voire des léopards des neiges dont la chasse est formellement interdite... A l'heure actuelle, dès septembre, l'endroit est fréquenté par de riches chasseurs occidentaux prêts à débourser jusqu'à 10'000.- dollars la cartouche! Edifiant! Pour le reste, des yacks semi-sauvages y paissent en toute liberté dans un décor lunaire et glacé.

Jarty-Gumbez 4100 mètres. Un jeune yack s'abreuve non loin du troupeau
Rencontre avec un étudiant qui estive avec ses parents

"Les loups ont attaqué mes moutons il y a deux semaines. Grâce à mes chiens j'ai pu les repousser. Cette vie est difficile, il faut toujours être sur ses gardes mais la beauté des paysages et la liberté que je ressens me remplissent de joie." Ce berger vit seul durant les trois mois d'estive, un personnage incroyable, plein de courage et de ténacité.

Le berger n'est propriétaire que du tiers de son troupeau. Au loin, les sommets chinois des Tian Shan.

Mais qui donc a eu l'idée de placer Murghab (3650m) là où elle est, en plein désert sous la montagne alors qu'à quelques centaines de mètres, il y a de l'eau et de la végétation ? Quelques arbres maigrichons pointent leur nez dans la poussière du marché. Les échoppes ne sont que des containers en métal, arrivés ici grâce aux camions chinois. Légumes et fruits sont dans un triste état. Le reste est à l'avenant. Et pourtant, l'Oxus qui devient depuis ici la Murghab River est à quelques pas. Murghab est le théâtre de la seule course de chevaux du Tadjikistan grâce à l'opiniâtreté d'une Française, Jacqueline, qui essaie de la promouvoir depuis plus de 10 ans. Mais le Tadjikistan n'est pas le Khirgistan et des chevaux ici, il n'y en a que quelques dizaines...

Murgab, dernière ville oubliée du monde
Un mariage. Notez les présences féminines!
L’Oxus devient la Murgab river

La course se déroule sur deux jours. Si les chevaux sont peu nombreux, les cavaliers sont vaillants et le public enthousiaste. Le premier jour les héros s'affrontent au jeu du mouchoir, ou à l'épreuve de force; on essaie de désarçonner l'adversaire. Le deuxième jour, la course proprement dite. D'abord, les hommes essaient de rattraper les jeunes filles parties avant eux dans une épreuve rappelant le rapt de la fiancée. Finalement, tous les chevaux et des cavaliers présents se lancent dans une course de vitesse et d'endurance qui voit la meute disparaître dans la montagne et en ressurgir quelque 20 minutes plus tard dans une nuage de poussière.

Avant la course, les héros se préparent...
L'épreuve du mouchoir à ramasser par terre...
Le vainqueur de la course de vitesse et d'endurance!

Mais vivre sous la yourte reste un incontournable de l'été pour les populations kirghizes qui habitent au Tadjikistan. Dans un décor lunaire, sur la frontière entre Tadjikistan, Kirghistan et Chine , elles perpétuent une tradition venue du fond des temps.

Les yacks à l'estive